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 Et demain ? [R&J]

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Screwdriver
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Screwdriver
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MessageSujet: Et demain ? [R&J]   Lun 2 Déc - 23:47


je n'en vois plus la fin, de ces caresses sans lendemain

Idiot. Abruti. Monstre. Était-ce de la honte, aussi, ce qu'on pouvait lire sur son visage ? Quelque chose qui s'en rapprochait en tout cas. Mais la honte de quoi exactement ? D'avoir fait ce qu'on attendait de lui, ce que son père, sa famille toute entière attendait de lui ? La honte d'avoir agit comme on le lui avait enseigné, en suivant les strictes principes de son éducation ? Il n'avait rien demandé à personne et avait fait ce qu'il fallait. Alors pourquoi, pourquoi ce regret persistait-il ? Sans doute parce que, malgré tous ses efforts, Jeremiah n'était pas et ne serait jamais maître de son cœur. Il ne pouvait contrôler ses émotions. Il fallait se rendre à l'évidence. : Marlowe ne le laissait pas indifférent et ne l'avait jamais laissé indifférent. Marlowe. Marlowe Weighell. Ce même Marlowe qui occupait ses pensées à chaque instant, provoquait en lui une explosion de sentiments tous plus contradictoires les uns que les autres. Et cela lui plaisait. Il en était fou. Pourquoi donc se voiler la face, faire comme si tout cela était faux ? Oh, bien sûr, il n'y avait rien de sain dans cette histoire et rien de bon n'en sortirait jamais. Mais rien que le fait de se l'être avoué le soulageait à un point inimaginable. Marlowe l'attirait. Mieux que ça, Marlowe était gay, il en était maintenant persuadé. Oh peut-être se faisait-il des idées, cela n'était pas impossible, mais comment douter, après des paroles aussi violentes que celles qu'il avait entendu, quelques jours auparavant, à l'infirmerie ? Rien que d'y penser, Jeremiah frissonna. Seulement, une interrogation continuait à planer comme un revenant au-dessus de lui : s'il était sûr de ses sentiments, s'il était sûr de ceux de son rival, s'il savait à peu près quoi lui dire et où le trouver, s'il savait que tout pourrait se dérouler en secret, s'il savait tout ça, alors, pourquoi, pourquoi ce soir, cet homme dans ses bras n'était pas celui qui faisait battre son cœur ?

Il était aux alentours d'une, deux, peut-être trois heures du matin, qu'importe. La nuit était noire et l'air sec, mais curieusement frais. Une forte musique provenait d'un grand bâtiment, pourtant non loin du centre-ville où d'adorables petits citadins essayaient tant bien que mal de dormir. Encore une fois, qu'importe : qui pouvait s'endormir sans encombre à Palm Springs le soir venu, quand les étudiants organisaient une de ces fameuses soirées privées, à laquelle étaient conviés les plus influents personnages du campus. Les plus grandes familles. Entre héritiers seulement. Parce que « tout ce qui se passait en soirée restait en soirée » et que personne ici n'avait intérêt à ce que ses parents, des proches ou des journalistes découvrent ce qu'il se passait. Les ruelles étaient pleines de jeunes gens fortement imbibés d'alcool pour la plupart, offrant à la vue de tous des scènes plutôt étonnantes, voire détonantes même. Les plus pieuses et vertueuses demoiselles vêtues de courts shorts et le ventre à l'air, les plus beau garçons courbés, une main sur le ventre, l'autre appuyée à un mur, en train de régurgiter le contenu de leur estomac dans le caniveau. Rien de bien réjouissant. Des scènes banales de fêtes qui tournent plus ou moins bien. Et parmi ces situations cocasses, la plus intéressante se déroulait un peu en retrait de l'agitation. Jeremiah Montgomery se tenait là, adossé à un mur, une cigarette bien entamée entre les doigts, sa main libre négligemment posée sur l'épaule d'un blondinet qui effleurait du bout des lèvres la peau de son cou. Il avait l'arrière du crâne appuyé contre les briques et les paupières closes. Il ne le repoussait pas. Car si Jeremiah ne s'était jamais affiché qu'avec des femmes, c'était juste pour la forme. Peut-être aussi dans l'espoir d'oublier Heaven et Marlowe. Échec et désillusion. Il soupira silencieusement et ouvrit les yeux. C'est là, qu'il le vit. Son pire cauchemar.

Il resta immobile, le cœur serré et regard figé sur cette silhouette qu'il connaissait si bien désormais. Partagé entre l'envie de le héler et la peur -oui, oui, la peur- de le faire, il hésita, entre-ouvrit ses lèvres puis se ravisa. Que pouvait-il lui dire ? D'autant plus que son ennemi de toujours ne l'avait pas encore aperçu, cela ne serait qu'une question de temps. Il se devait donc de prendre les devants et vite, avant de louper cette occasion rêvée. Occasion de lui montrer clairement qu'il risquait de passer à côté de quelque chose. Seulement, oserait-il soutenir son regard ? Oserait-il s'approcher ? Il n'y avait qu'un unique moyen de le savoir.

❝ Hé, Weighell ! ❞ Il posa sa main libre sur le crâne du garçon blond, dont il avait oublié le prénom, et l'écarta de lui, sans douceur, murmurant un "dégage" aussi froid que son état le lui permettait. Après tout, il n'était pas totalement sobre non plus. ❝ Marlowe Weighell. ❞ Il détachait chaque syllabe avec un soin particulier, comme si prononcer ce nom risquait de lui coûter la vie. Peut-être était-ce vrai au fond. Franchissant les quelques pas qui le séparait de lui, il arriva à sa hauteur et inspira profondément, un léger sourire aux lèvres. Mon Marlowe, ici. Tu t'es perdu ? Je ne t'imaginais pas vraiment dans ce genre de … ❞ Il leva les yeux  vers lieu de provenance de la musique et tira une bouffée de cigarette avant de reprendre, soufflant la nicotine de côté, bien loin du visage parfait de son rival, qu'il n'aurait voulu souiller pour rien au monde. ❝… de beuverie. ❞ Autant être honnête, pour une fois. Il le fixait de ses yeux clairs aux pupilles légèrement dilatées, attendant n'importe quoi : un signe, une réponse, un rejet, qu'il lui donne une baffe ou qu'il le plaque contre un mur, n'importe quoi, tout. Tout, mais surtout qu'il ne l'ignore pas.
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Screwdriver
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Screwdriver
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MessageSujet: Re: Et demain ? [R&J]   Mar 3 Déc - 19:48

Voir Jeremiah est devenu une véritable torture.
Marlowe a toujours pensé que le moindre faux pas face à l'héritier Montgomery lui serait fatal. Or, ça y est, le faux pas est fait. C'était une erreur que d'avoir accepté de l'accompagner à l'infirmerie, où le beau jeune homme allait nécessairement finir par se mettre torse nu pour être examiné. Que de souffrances en repensant à la manière dont Jeremiah l'a rejeté ! C'est sans doute bien la maladie qui l'a poussé à s'excuser ensuite. Sinon, s'il avait été en pleine possession de ses moyens, il se serait montré encore plus dur. Et à présent, Marlowe ne peut plus le voir sans avoir envie de le frapper, de lui faire du mal. Pas parce que c'est un Mongtomery, non ; parce que Marlowe sait qu'il se sent attiré par lui, sans pouvoir s'en empêcher, et que cela lui donne du pouvoir sur lui. Jeremiah a peut-être compris qu'il était gay. Non, il l'a sûrement compris ; dans sa détresse, il ne s'est pas montré particulièrement subtil. Ce devait être assez clair, comme déclaration. Non, mais autant dire clairement : je te donnerai tout ce que tu veux pour un baiser, rien qu'un seul. Rien de plus. Marlowe est tellement ridicule. Depuis le rejet de Jeremiah, il a l'impression que la vie lui paraît bien fade. Jeremiah ne l'aimera jamais, et lui est condamné à se consumer dans une passion unilatérale. Dans de telles conditions, impossible de trouver du plaisir aux flatteries de ses « amis », aux compliments de son père sur ses derniers résultats brillants, ou même au simple fait d'être en vie, quand d'autres gisent dans la tombe. A quoi bon, quand le seul être qui compte à ses yeux n'a rien à faire de lui ? Marlowe lui doit tellement. Sans lui, il en serait encore à se languir de cet amour perdu, à refuser de vivre son existence. Quelle ironie que de lui montrer un être aussi exceptionnel que l'héritier Montgomery en lui interdisant d'y toucher. C'est encore pire que d'être un enfant privé de cadeaux de Noël, le nez collé à la vitrine d'un grand magasin de jouer, sachant pertinemment qu'aucun de ces merveilleux joujoux ne sera à lui. Le cœur de Jeremiah n'est pas fait pour lui. Il va devoir se faire une raison.

Cette fête l'ennuie plus qu'autre chose. Il a commencé un verre, mais n'a pas eu le goût de le terminer. Même l'alcool fort est plutôt fade pour son palais. Il se contente de regarder les autres se détruire par l'amusement, se demandant si lui-même aurait pu être comme eux. C'est vrai, ce n'est pas son genre que de s'enivrer de telles fêtes. Il s'y est conformé, bien sûr, désireux d'avoir sa propre vie, de ne pas paraître anormal. Et puis, c'est quand même plus facile pour rencontrer des garçons intéressants. Mais ce soir, il trouve cela curieusement vain. Il n'arrive pas à se défaire de cette horrible tristesse qui lui noue le ventre. Personne n'attire son regard - c'est bien normal, Jeremiah n'est pas dans son champ de vision. Depuis quand il fait une fixette sur lui, il l'ignore, mais son ennemi est devenu son obsession. Oui, il serait vraiment capable de presque tout pour obtenir l'esquisse d'un souvenir du Montgomery. Finalement, il n'en peut plus. Il perd son temps, mieux vaut pour lui qu'il rentre à la maison pour se blottir dans son lit, en essayant d'oublier la personne à laquelle il passe son temps à penser. Problème : normalement, il n'est pas censé partir plus tôt, et ce n'est pas lui qui conduit la voiture censé tous les ramener à l'aube, mais un autre héritier peu porté sur la boisson, actuellement en train de danser avec une jolie rousse. Pas question de le lui demander : même si Marlowe est un petit prince, il n'est pas le seul ici, et il doit traiter les autres en égaux. Il y a là du beau monde, de la jeunesse dorée, on ne se comporte pas avec eux comme on se comporte avec les hypocrites de l'université. Et à cette heure, il n'a pas beaucoup de choix : tout le monde dort. Tout le monde, sauf son fou de père qui, comme à son habitude, est sans doute en train de travailler sur quelque projet mystérieux, qu'il espère pouvoir mener à bien avant de s'attirer l'inévitable concurrence des Montgomery. Marlowe va le déranger, peut-être même l'inquiéter, mais il n'a pas vraiment le choix. Il se cherche donc un coin à l'écart où il téléphone à son père pour lui demander de venir le chercher. Ils conviennent ensemble d'un lieu de rendez-vous, et le jeune homme finit par raccrocher. Il se lève alors même qu'une ravissante demoiselle s'approche pour l'accoster, ignorant tout de son absence totale de chances avec le beau Weighell, si riche et si courtisé. Il feint de ne pas la voir pour ne pas avoir à la remballer, s'éloigne dans le dédale des rues.

Il se refuse à voir ce qui s'offre à lui. Il ne trouve là rien de plaisant à ce spectacle. Est-il possible qu'il ait un jour décidé de se conformer à ce modèle, et recherché le même type d'amusement ? La bonne blague. Tout cela est si fade en comparaison d'un seul regard de Jeremiah. Même un regard de haine lui plaît plus que tous les sourires de tous les garçons qui aimeraient bien passer une partie de la soirée avec lui. Il n'a jamais dit non. Mais cette fois, cela ne l'intéresse pas. Il serait capable de penser à un autre. Il atteint presque le lieu de réunion convenu qu'il entend tout à coup son nom, prononcé à voix haute et intelligible. Marlowe n'a pas besoin de se retourner pour savoir qui l'appelle. Cette voix, il la connaît par cœur. Il rêverait de l'entendre dire des mots qui ne sortiront jamais de cette bouche-là. Il devrait juste l'ignorer. Cependant, il se retourne quand même, très loin d'imaginer ce qu'il a en fait sous les yeux. Jeremiah Montgomery est là, en train de fumer, se dégageant des bras d'un très beau blond - une minute, se dégageant ? On peut savoir ce qu'il fout dans les bras d'un mec, l'hétéro ? - et s'avançant vers lui avec son assurance habituelle. Marlowe a failli ne pas le voir, mais finalement, cela aurait été mieux. Jeremiah a beau l'appeler son Marlowe, le jeune homme n'y réagit pas vraiment. A vrai dire, il n'entend même pas ses paroles. Tout ce qu'il voit, c'est que Jeremiah, le Jeremiah hétérosexuel qui ne s'est jamais intéressé qu'à des filles, semble tout à coup avoir trouvé du goût pour les garçons. Comme par hasard, juste après l'aveu indirect de l'homosexualité de Marlowe. Étrange, non ?
Il se fout de ma gueule.
Marlowe sait très bien qu'il ne devrait pas être jaloux à ce point. Jeremiah est libre de faire ce qu'il veut, il peut même devenir gay si ça lui chante. Mais il n'a pas à le rendre jaloux. En plus, ce blond est d'une beauté ahurissante. Où Jeremiah l'a-t-il dégoté ? Franchement, s'il n'avait pas le cœur empli de son pire ennemi, il aurait sans doute sauté sur le blond pour monopoliser le reste de sa soirée. C'était franchement pas juste. Marlowe ne pourrait jamais rivaliser avec un type pareil. Bon, d'accord, lui aussi a un physique de rêve, mais le blond est encore plus beau que lui, c'est certain. Et Jeremiah a vraiment fait cela juste pour le réagir, à tous les coups. Le mieux serait de l'ignorer, d'autant plus que son père ne devrait pas tarder à arriver, il n'a pas de temps à perdre avec lui. Cependant, il est humain : quand on le blesse, il ne peut s'empêcher de réagir. Et, vu que Jeremiah est à sa hauteur, qu'il peut lui parler sans hausser la voix, malgré le volume de la musique, il peut bien lui dire le mot qu'il a sur le cœur.
« Enfoiré. »
Il aurait pu dire bien d'autres choses, mais curieusement, c'est ce terme-là qui sort, avec une haine particulièrement qui ne provient que de Marlowe. Il crève de jalousie, c'est évident. Parce que le blond est magnifique... mais surtout, parce que quelqu'un monopolise l'attention de son Jeremiah. Un autre garçon. Alors qu'il devrait être le seul à occuper ses pensées, lui, son Ennemi. Et pour ne rien arranger, il est désespérément jaloux de cet inconnu qui a eu l'immense honneur de goûter à la peau de Jeremiah...
« T'approche pas de moi et retourne auprès de ton mec, si tu en as le cran. »
Mais il aimerait plutôt que Jeremiah s'approche de lui, que ce soit lui qu'il embrasse et non pas cet imbécile - magnifiquement beau - de blond. N'écoute pas ce que je dis, viens vers moi... intéresse-toi à moi plutôt qu'à lui. Qu'est-ce que j'ai fait pour que tu me détestes ? N'as-tu pas envie de moi comme moi, j'ai envie de toi ? Non, sans doute pas. Parce que Marlowe est toujours persuadé que Jeremiah est hétérosexuel, et qu'il ne s'est intéressé à ce garçon que pour le rendre jaloux. La preuve : dès lors qu'il a vu Marlowe, il s'est dépêché de quitter ses bras, comme si le contact physique le révulsait, ou du moins ne lui plaisait pas vraiment. S'il avait ressenti une attirance pour lui, il se serait montré plus doux. Donc il ne fait bien cela que pour torturer Marlowe, dont il a certainement pris conscience de l'ampleur du désir. Devrait-il l'avouer, d'ailleurs ? Ou continuer sur cette voie pour l'empêcher de lui faire du mal, le convaincre qu'il n'obtiendra jamais rien de Marlowe, même si celui-ci crève de tout lui donner ? Et comme Jeremiah ne fait pas de mouvement pour retourner vers le blond...
« Tu vois, je le savais. Tout ça, c'est une comédie. Juste pour me rendre jaloux, je parie ? T'es pathétique. Arrête de boire en soirée, tu réfléchis de travers. »
Les paroles acides de Marlowe lui font un bien fou. Dire qu'il n'est pas dupe le soulage : il a l'impression de montrer à Jeremiah qu'il a compris son manège, et qu'il ne se laissera pas aveugler par ses propres sentiments. Peut-être que Marlowe est fou de lui, soit. Mais jamais il ne cédera à un stratagème aussi vulgaire.
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Screwdriver
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Screwdriver
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MessageSujet: Re: Et demain ? [R&J]   Mar 3 Déc - 20:43


Que ressent-il ? Il ne sait le dire, il n'arrive pas à se l'avouer. Ce dont il est sûr cependant, c'est qu'il a froid. Chaque vision, que lui offre la vie de cet idéal inaccessible, provoque en lui ce remue-ménage : toujours ces mêmes frissons désagréables qui remontent le long de sa colonne vertébrale, le faisant sérieusement penser à présent qu'il ne sera jamais bien ailleurs que dans les bras de son cher et tendre ennemi. Il cherche à capter son regard, ce qui au fond n'est pas si compliqué, mais qui lui parait sur le moment être quelque chose de tout à fait insurmontable. Pas qu'il n'en a pas la trempe, l'alcool a suffisamment supprimé les inhibitions qui auraient pu lui rendre la tâche plus difficile encore, simplement, il a honte. Honte de ne pas avoir ouvert les yeux plus tôt, honte de lui avoir fait du mal, honte de s'être montré si négligeant, si désobligeant avec lui. Et la culpabilité redouble d'ardeur, alors que l'héritier se tient immobile face à lui, tel un tigre prêt à lui sauter à la gorge. C'est de cela dont tu as envie ? Ne te gêne pas. Après tout, c'est mérité. Il voudrait le lui dire et, s'il le pouvait, il se mettrait à genoux devant lui, il pleurerait toutes les larmes de son corps pour le supplier de l'excuser, pour tout. Tout ce qu'il avait fait et tout ce qu'il risquait de faire encore. Mais le fait est qu'il en est incapable. Tout bonnement incapable. Quand bien même il voudrait fuir, prendre ses jambes à son cou et s'éloigner, le plus vite possible, à l'autre bout du monde, il ne peut rien faire. Ce regard accusateur le paralyse, cette peine si visible sur ce beau visage le tétanise. D'autant plus qu'il sait être à l'origine de toute cela. Il sent ensuite que le regard de Marlowe ne se dirige plus sur lui, mais sur cette présence, là-bas. Le blond. Il l'aurait presque oublié. Parce qu'il n'a aucune importance au fond, seul compte ce gosse de riche à la gueule d'ange. Jeremiah serre les dents. Enfoiré. Oui, c'est peut-être ça. Mais comment pourrait-on lui en vouloir ? Personne ne lui a jamais appris à aimer. Mais Weighell, son Weighell n'est pas censé le savoir. Alors, il ne peut que baisser légèrement le visage, perdant de sa fierté, sentant son cœur se refermé doucement. Jeremiah, tu n'es qu'un idiot.

❝ Calme-toi. ❞ Mais Marlowe réplique. Dilemme couru d'avance. Comment imaginer un seul instant qu'il fera demi-tour et qu'il repartira dans les bras d'un autre de passage, tandis que sa seule raison d'exister est devant lui, le cœur meurtri par son attitude irresponsable et stupide, juste stupide. Il essaie de garder l'air assuré qui fait de son visage ce masque impassible que tout le monde lui connaît, mais plus les secondes passent, plus il se sent pâlir. Ce n'est pas une question de cran. C'est une question d'envie. C'est avec toi que je veux être. Il reste silencieux. Bêtement. Comme si la tension allait retomber comme par enchantement. Il se détourne et jette un regard par-dessus son épaule. Le blond les fixe, les bras croisés et un sourire amusé sur les lèvres, comme si cette situation digne d'une querelle de couple l'amusait. C'est vrai qu'il est beau, on dirait d'un ange, mais il n'a rien, oh non, rien à envier à l'héritier Weighell. Il est plat, sans saveur, sans personnalité. Il fait partie du paysage, tandis que Marlowe, lui, est tout. Tout à ses yeux. Il reporte d'ailleurs ces derniers sur son rival, pour recevoir de nouvelles paroles cinglantes à la figure. Non, non, tu as tort. Tu as tout faux. Si seulement tu savais. Cette fois-ci, il va trop loin. Il est injuste. Injuste avec lui. Comme peut-il se permettre de le cataloguer ainsi ? Il n'a pas le droit. C'est pourquoi Jeremiah met fin à ces reproches, d'une voix plus violente qu'il ne l'aurait voulu. Il hausse la voix, oui, et dans un souffle, essaie de s'imposer. ❝ Non ! ❞

Il a la curieuse impression que le volume des sons aux alentours diminue, que tous les regards sont braqués sur eux, que le monde entier retient son souffle. Il inspire profondément et jette le mégot à terre avant de redresser le visage, dans l'espoir que cette action l'aidera à soutenir ce regard si blessé. Il avait détruit son cœur, il se devait de recoller les morceaux, même si cela le terrifiait. ❝ Non. Ça n'a rien, absolument rien d'une comédie. Et franchement, là, Marlowe, il faudrait que tu me donnes un mode d'emploi, parce que je ne sais plus quoi faire avec toi... ❞ Un aveux ? Il déglutit, mais n'est pas mal à l'aise. Au contraire. Les mots sortent d'eux-même. Comme il est facile de parler avec son cœur ! ❝ Tu comprends ? Je ne sais plus quoi faire pour que tu arrêtes de me considérer comme tu viens -encore- de le faire. Insulte moi de tous les noms si cela te plaît, je le mérite, mais ne me prends pas pour ce que je ne suis pas. ❞ Autrement dit, quoi ? Un petit hétéro' richissime obsédé par l'argent et la gloire et désireux d'écraser toute possible rivalité ? Allons, les choses sont infiniment plus complexes ! ❝ Je n'ai pas envie de me barrer, je n'ai pas envie de te laisser tranquille et hors de question que je cède à ton... caprice ! Je ne te lâcherai pas Marlowe, putain ! Qu'est-ce qu'il faut que je fasse pour que tu t'en rendes compte !? Dis-le moi ! ❞ Il soupire, avance d'un pas, contenant sa rage. Il est en colère contre son incapacité à gérer comme il le voudrait la situation. Tout dans son attitude pourrait faire croire qu'il est sur le point de le frapper, de laisser exploser toute sa haine. D'ailleurs, il serre les poings, mais ce n'est pas après son merveilleux brun, qu'il en a. C'est après sa propre personne. Son abominable personne. Pourra-t-il de nouveau se regarder dans un miroir après cela ? Il en doute. ❝ Oh et puis merde, va te faire foutre. ❞ Il détourne le regard. Il a du mal à continuer, parce qu'il s'agit d'un terrain qui l'effraie. Un terrain dangereux pour le pauvre petit étudiant qu'il est : celui des sentiments. La seule matière dans laquelle il ne pourra jamais atteindre l'excellence.
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Screwdriver
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Screwdriver
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MessageSujet: Re: Et demain ? [R&J]   Mer 4 Déc - 21:43

Qu'est-on censé faire quand quelqu'un vous prend pour un imbécile ? Que doit-on dire à celui qui veut voir la souffrance sur votre visage ? Peut-être que la solution serait la pure indifférence... laisser couler ces tentatives ridicules de le convaincre qu'il pourrait obtenir satisfaction, et se contenter d'oublier Jeremiah. Sa vie n'était-elle pas plus simple quand il n'était pas là... ? Bien sûr qu'elle était plus simple. Et aussi beaucoup moins intéressante. Malgré tout, si Marlowe est redevable de quoique ce soit, cela ne justifie en rien cette ignoble attitude de son ennemi, qui cherche à profiter de la situation pour le descendre plus bas que terre - du moins, c'est ce qu'il lui semble. Il serait tout simplement impossible de croire à ce message sans avoir de preuves solides... mais Marlowe ne l'a jamais vu avec un homme. Il a toujours montré de l'intérêt pour des femmes, et le jeune homme doute d'avoir pu jouer un rôle d'éveil, du style tiens, mais en fait, j'aime les garçons ! Jeremiah est quelqu'un de retors, de fort. Il peut taire ses remords pour obtenir ce qu'il veut, et si ce qu'il veut est la destruction de l'âme de Marlowe, alors il pourra l'obtenir.

Et Jeremiah ne cherche même pas à se défendre. Si encore il tentait de dire quelque chose, n'importe quoi... une parole pleine de bons sentiments, mais où Marlowe entendrait une forme de sincérité... alors, peut-être que l'héritier Weighell arrêterait de le traiter aussi durement, et se contenterait de lui dire non - avec la tête, pas avec le cœur. Mais évidemment, Jeremiah ne dit rien, et son silence semble accuser encore plus sa fausseté. Il ne se défend pas. Pourquoi se défendrait-il ? Bien sûr que Marlowe a raison. Il n'aura jamais le cran de retourner avec son blond et de lui faire toutes les choses que l'on fait à un amant d'un soir. Lâche. Marlowe se surprend à le détester. Cette haine-là ne vient pas de sa famille, mais de lui. Au fond, elle ne le fait pas vraiment souffrir : c'est une force motrice, qui l'aide à se tenir debout devant Jeremiah, alors qu'il a juste envie de s'effondrer face à lui, de le supplier d'accepter son attirance sans s'en moquer, même s'il ne lui donne rien plus. Juste un peu de compréhension, est-ce tant demander ? Ce mur de glace l'effraie, car il a l'impression que Jeremiah lui est véritablement indifférent. Au fond, Marlowe préfère encore l'avoir comme ennemi, car au moins, il existe à ses yeux. Le jour où Jeremiah ne le détestera plus, il cessera de compter. Peu importe les efforts que Marlowe pourra alors déployer : Jeremiah ne voudra pas de lui. On ne s'intéresse guère aux victimes qu'on a déjà brisées.
Pourquoi devrait-il lui donner un mode d'emploi ? Bon sang, n'est-ce-pas si simple que de comprendre qu'il n'aime pas qu'on se fiche de lui ? Pardonne-moi de ne pas être aussi crédule que tu voudrais que je le sois. Même pour toi, ce n'est pas quelque chose que je peux faire. Qu'est-ce que Jeremiah devrait faire avec lui ? Continuer à le détester comme avant, sans prendre en compte ce détail gênant qu'est l'homosexualité de Marlowe. C'est une arme déloyale ; or ils doivent continuer de se battre à armes égales, s'ils veulent que la victoire ait une quelconque signification. Il est trop facile de se débarrasser de Marlowe aussi facilement, alors Jeremiah devrait se recentrer sur leur ancienne rivalité. Au moins, il y avait là du challenge. Tandis qu'à présent, il n'y a que de la faiblesse pour s'opposer à lui ; l'héritier Montgomery ne devrait pas s'en satisfaire. En tout cas, lui n'aurait pas goût pour une victoire face à un adversaire incapable de se défendre. Une victoire, ça se mérite ; et ça se mérite par la dureté du combat. Oui, mais... s'il était sincère ? Non, il n'est pas sincère. Il s'énerve, et Marlowe est persuadé que cette colère est dirigée contre lui, comme d'habitude. Pourquoi Jeremiah serait-il en colère contre sa propre impuissance ? Il peut tout avoir très facilement, ce n'est guère un facteur de rage. Pourtant, Marlowe ne s'y trompe pas : ses yeux brillent d'un éclat furieux, qui le rassure un peu. Les mots de Jeremiah ne peuvent rien s'ils ne sont pas animés par cette étincelle. Quand Jeremiah semble lui en vouloir, à lui - même si ce n'est pas vrai, quoique Marlowe l'ignore -, le jeune homme se sent mieux. C'est une situation normale : il a l'habitude de répondre à ce type de provocations. Peut-être que Jeremiah a compris, finalement, que la victoire sur Marlowe ne peut se faire que si Marlowe résiste réellement. Donc il essaie de réinstaurer ce rapport de division entre eux deux. Cela ne l'en rend que plus adorable.

Jeremiah finit par abandonner, et la déception envahit Marlowe. Quoi ? Il ne va pas chercher à convaincre encore plus Marlowe ? Lamentable. Il se mord la lèvre, songeur. Pourquoi ne le regarde-t-il plus, tout à coup ? A-t-il fait quelque chose de mal ? Peut-être qu'il se trompe. Non, il ne se trompe pas, Jeremiah a lu ce qu'il y avait dans son aveu, il peut parfaitement décider d'agir en conséquence. Ah, Jeremiah, pourquoi Marlowe est-il incapable de te faire confiance ? Tout irait plus vite : il t'avouerait ce qu'il ressent pour toi, tu en ferais de même, vous finiriez ensemble et dans le bonheur le plus complet. Ne serait-ce pas plus simple ? Mais bien sûr, Jeremiah n'inspire pas confiance à Marlowe. Et c'est sans doute tant mieux, sinon, il n'y aurait pas d'histoire.
« Dis-moi comment tu voudrais que je te vois, alors. Je te prends pour mon pire ennemi, mais je me trompe peut-être ? Tu serais en réalité mon ami, c'est ça ? »
Il le demande sur un ton sarcastique qui ne laisse aucun doute sur son opinion : penser le contraire serait chose stupide. Jeremiah est, et sera toujours, son rival. Même si lui rêve d'autre chose, il ne doit pas oublier que cela ne le concerne sans doute que lui : il serait trop dangereux d'attribuer à Jeremiah des sentiments qui ne seraient en fait que des projections des siens. Il ne peut pas lui faire confiance. Jeremiah l'a rejeté quand il a voulu se rapprocher de lui, c'est qu'il ne le fera jamais : une autre relation ne l'intéresse pas, sinon pour humilier Marlowe. Et avec ça, il a l'audace de dire qu'il se trompe à son sujet ? C'est Jeremiah qui se trompe, en réalité, s'il pense que Marlowe va le laisser le malmener. Il a connu bien pire, comme souffrance, il sait qu'il pourra toujours se relever, même s'il est pour le coup quasiment anéanti.
« Ah non ? Pour une fois que je te demande quelque chose, tu refuserais de me la donner ? Tu veux que je te dise ce que tu dois faire avec moi, Montgomery ? Être sincère et arrêter de me manipuler. Contentons-nous d'être de sages ennemis et tu verras que les choses seront plus intéressantes entre nous. Arrête de penser que tu peux me rendre faible en exploitant mes quelques failles. Je ne te ferai pas le plaisir de souffrir de ton comportement puéril, alors ne fais pas comme si je pouvais devenir ton ami, bon sang ! Ou alors, prouve-moi que j'ai tort, mais je sais très bien que tu ne peux pas, alors je me contenterai d'oublier cette conversation. »
Et pourtant... Jeremiah est si magnifique quand il est dans cet état. Encore plus touchant que d'habitude... on dirait presque qu'il s'intéresse à ce que pourrait penser Marlowe de lui. Depuis quand l'image de son pire ennemi est-elle si importante ? Pourquoi le torture-t-il à être si adorable... ?
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Screwdriver
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Screwdriver
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MessageSujet: Re: Et demain ? [R&J]   Lun 23 Déc - 0:37

Jeremiah ne réagit plus. Il garde ses poings serrés sans ne plus rien articuler. Que pourrait-il ajouter, face à cette véritable huître qu'est son rival. D'ailleurs, le ton sarcastique de ce dernier le blesse, même s'il n'en montre rien. Il essaie donc de répondre du tac au tac, mais sans grande conviction. ❝ Tu n'as qu'à me voir comme Jeremiah, ça sera un bon début. ❞ Malgré ce manque d'intensité dans la voix cependant, il sait que ses paroles ont un certain poids. Combien de fois lui a-t-il clairement demandé de le considérer non pas comme l'héritier Montgomery, mais bien comme Jeremiah ? Oh, elles se comptent sans doute sur les doigts de la main. Une, peut-être deux fois. Mais cette fois, son agacement, sa colère tranche clairement avec son attitude glaciale. Il inspire profondément, le regard fuyant, encaissant la suite de ses propos avec une impassibilité qui lui est propre. Comme si tout ceci ne l'affectait pas. Ce qui est faux, bien sûr. Il a mal à chaque parole. A chaque fois que l'héritier Weighell essaie de lui faire croire qu'il n'est rien d'autre qu'un vulgaire « ennemi ». Après de pareils aveux, comment peut-il ? Le jeune adulte se sent perdu. Tout ceci ne peut pas être faux, si ? Il desserre alors les poings et, tandis que l'ange qui hante ses rêves achève sa phrase, il le saisit par le bras et l'entraîne à l'écart du regard pesant du blond, qu'il sent depuis le début dans son dos. Personne ne doit assister à ce qui va suivre, personne ne doit rien savoir. Il pousse doucement Marlowe sous un simple porche et se positionne juste devant lui, lui interdisant toute fuite par son corps devenu barrage. Le pauvre Weighell se retrouve alors comme pris au piège, entre un mur et son rival. Mais qu'importe. Il peut se plaindre, grogner, montrer les crocs s'il le souhaite, Jeremiah a pris la décision de ne pas bouger. Il n'a pas terminé de parler. Et son état vient de radicalement changer. La colère qui le possédait a fait place à une lassitude sans nom. Il n'y a qu'un seul moyen de savoir si les propos, si l'attitude, si l'entité Marlowe lui a menti depuis le début. Va-t-il le regretter ? Sans doute. Mais dans le cas présent, il préfère les remords aux regrets. C'est pourquoi, dans la pénombre, suffisamment loin des regard indiscrets, Jeremiah Montgomery inspire profondément, rassemble tout le courage qui le maintien encore un peu en vie et se jette à l'eau. Quitte à se noyer. Et si sa voix se veut assurée, son cœur lui se serre à chaque mot prononcé.

❝ Alors, continue à nier ce qui s'offre à toi. Refuse de voir ma sincérité. Oublie cette conversation, si tu en es capable, Marlowe. Mais sache que moi, je ne pourrai pas. ❞ Il soupire, son regard cherchant vainement dans celui de son ennemi l'infime signe qui lui indiquerait que non, il n'est pas un monstre. Qu'il est bien plus que cela. Qu'il avait toujours été plus que cela sans jamais l'avoir vu auparavant. ❝ Et si tu veux que la rivalité que nous imposent nos parents respectifs prenne le dessus sur le reste, je respecte ta décision. Tu n'as qu'un mot à dire Marlowe et je disparais de ta vie. Définitivement. ❞ Il fronce les sourcils et incline légèrement le visage vers le bas, son regard glacial bouillonnant de détermination. D'une sincérité à vous glacer le sang. ❝ Mais ne compte pas sur moi pour continuer à jouer cette stupide comédie. Nous ne sommes pas que de « sages ennemis » comme tu le dis si bien, et tu le sais. Comme tu sais que je n'essaie pas d'abuser de tes failles, que je ne te manipule pas, que je fais ce que je peux pour être honnête avec toi.. Tu refuses de voir tout ça. Tu ne me facilites pas la tâche Marlowe, mais je vais essayer d'être clair : je ne veux pas te faire souffrir, ni même te rendre faible. Pas parce qu'il serait déloyal d'agir ainsi, dans le cadre de notre rivalité familiale, mais parce que je ne veux pas te faire de mal. ❞ Il parle avec un calme retrouvé, d'une voix posée, voire même murmurée. Jeremiah n'a jamais été un garçon très turbulent et, dans cette situation, il redevient l'enfant secret et discret qu'il était, à la différence qu'aujourd'hui, il était devenu un homme. En cet instant plus que jamais, cela est visible. ❝ Mais tu as raison, je suis incapable de te prouver quoique ce soit. ❞

Il pourrait se détourner et fuir. S'éloigner sans se retourner, comme il le fait d'ordinaire si bien. Une sortie de scène toujours réussie dont il a le secret et, là, aurait été le moment propice. Oui, mais à quelle fin ? Le perdre à jamais. Il reste donc un instant immobile. Il lui semble que son cœur va jaillir hors de sa poitrine. Quel beau présent cela serait d'offrir, à son cher ennemi, son cœur sur un plateau. Il ne bat que pour lui au fond, il est normal qu'il en possède l'exclusivité, n'est-ce pas ? Après une hésitation, il lève la main à hauteur du visage de Marlowe et s'approche avec une lenteur extrême. Il est terrifié à l'idée d'être rejeté et, l'espace d'un instant, comprend le cauchemar qu'il a fait vivre à l'héritier Weighell par son attitude stupide à l'infirmerie. D'ailleurs, il ne pourra pas en vouloir à son rival si celui-ci le dédaigne à son tour. Quel monstre tu as été, Jeremiah. ❝ Crois-moi, quand je te dis que je n'ai jamais voulu te blesser. ❞ Ses paroles ne sont qu'un souffle presque inaudible. Ses doigts effleurent la joue pâle du garçon, mais finalement, glissent lentement dans son cou, s'arrêtant au creux de ce dernier. Il ne l'a jamais touché ainsi. Il ne l'a jamais frôlé comme il vient de le faire. Il n'a pour ainsi dire jamais apprécié contact semblable avec qui que ce soit. Non, cet instant là est unique. Plus rien n'existe. La musique, la jeunesse dévergondée, l'activité de la rue principale, tout cela s'évanouit dans la nature. Ce n'est plus qu'un songe, loin de la réalité. Le jeune adulte est terrorisé. Il entrouvre les lèvres, cherche ses mots, se ravise. Mais il ne renonce pas. Il est allé trop loin pour tout arrêter désormais. Alors, avec un calme olympien digne de son nom de famille, il s'approche doucement. Rien ne trahi sa nervosité et rien ne pourrait lui semble-t-il briser ce moment. Rien ne pourra l'empêcher d'atteindre ces lèvres désormais si proches. Rien, vraiment ? Ah mon pauvre Jeremiah !
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Screwdriver
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MessageSujet: Re: Et demain ? [R&J]   Lun 23 Déc - 22:31

Marlowe n'a pas le choix. Jeremiah l'obnubile. La seule chose qu'il peut faire, c'est le détester du plus profond de son être. Se convaincre du bien fondé de sa haine, quitte à détruire le fondement-même de sa propre existence - il ne vit que pour lui. Et, s'il commence à accepter ce fait, alors il doit aussi accepter qu'il ne peut pas vivre sans son pire ennemi. Il dépend de lui pour survivre. Comme s'il n'était pas autosuffisant, juste une forme de vie inférieure et parasite, qui s'accroche à celui qui lui donne la force de continuer son chemin. Marlowe est pitoyable. Tellement pitoyable que la seule chose qu'il arrive à faire, c'est dire non, de toutes ses maigres forces. Les mots, les vrais mots lui restent dans la gorge. Derrière ses paroles dures destinées à éloigner Jeremiah de sa vie, son cœur bat au rythme de ses véritables sentiments. Chaque battement est dédié à celui qui occupe la moindre de ses pensées, son obsession, le jeune homme si parfait qu'il ne peut s'empêcher de le vouloir rien que pour lui - alors qu'il ne l'aura jamais. Cela se saurait, sinon ; personne n'a jamais pu résister à Marlowe. Jamais Jeremiah n'aurait encouragé sa haine s'il n'avait pas ressenti un petit quelque chose pour lui. Jamais il ne l'aurait rejeté comme il l'a fait dans cette infirmerie, lui demandant de le lâcher, de ne pas prendre soin de lui, de ne pas lui vouer son existence. Reste seul, Marlowe, car Jeremiah ne veut pas de compagnie, et tu ne désires que la sienne, la seule dont tu as besoin. Quel effroyable sentiment de solitude. Il ne peut que contempler l'homme qui lui donne des frissons et des angoisses, et doit rester impassible. Parce qu'il ne peut pas se permettre de perdre. L'honneur des Weighell passe avant sa propre vie. Et si Jeremiah refuse de se damner avec lui, alors Marlowe doit avoir encore la présence d'esprit de sauver les siens. Sacrifier son bonheur est déjà une punition suffisante pour avoir des sentiments pour son rival. Que ne donnerait-il pas pour pouvoir le traiter comme n'importe quel autre jeune homme de son âge ! Au fond, Marlowe le voit déjà comme Jeremiah. Il le voit ainsi depuis toujours. Il l'appelle Montgomery, mais ce n'est qu'un moyen d'accroître faussement la distance entre son rival et son cœur. Mais dans sa tête, ce n'est pas l'héritier Montgomery, c'est le magnifique, l'adorable, l'inaccessible. Comment s'opposer correctement à lui dans de telles conditions ? Il n'est pas digne de lui. Il suffit que Jeremiah lui assène quelques jolies paroles, et il perd la tête - il aurait tellement envie de le croire...

Mais à peine a-t-il fini que Jeremiah se saisit de lui, comme on se saisit d'une poupée, et l'entraîne plus loin, sous un porche, là où nul ne pourra pas les voir. L'espace d'un instant, les pensées de Marlowe virevoltent et prennent une tournure peu catholique. Il ouvre légèrement la bouche, mais la referme bien vite, ne sachant pas quoi dire. Lui dire qu'il voudrait bien l'embrasser et lui enlever ses vêtements, peu importe si on les voit, pour lui montrer ce que c'était que d'aimer un homme sans en avoir honte... ? Non, Jeremiah ne pense sans doute pas aussi loin. Et puis, Marlowe lui-même se rend compte que ce n'est pas ce qu'il veut. Bien sûr qu'il désire Jeremiah, mais pas de cette façon. Jeremiah n'est pas juste une conquête de plus à ajouter à son tableau de chasse et à exhiber fièrement. Non, ce n'est pas comme ça qu'il le voit. En vérité, il serait prêt à ne jamais toucher à Jeremiah, à ne jamais goûter à ses lèvres si parfaites, du moment qu'il peut vivre à ses côtés. Marlowe aimerait plutôt construire quelque chose avec lui. Non pas profiter de lui, le consommer, mais plutôt se tenir avec lui, sur le chemin de la vie. Alors peut-il vraiment dire le mot qui lui conférera ce qu'il désire, que Jeremiah arrête ses manigances ? Non, ce n'est pas ce qu'il veut. Mais non, je ne veux pas que tu sortes de ma vie... je voudrais juste croire à ce que tu me dis, je voudrais que ce ne soit pas un rêve... Jeremiah est-il sincère ? Marlowe peut-il lui faire confiance ? Il n'a jamais eu de preuves d'une quelconque attirance de Jeremiah... Ah oui ? N'ont-ils jamais joué à ce jeu-là, justement ? N'ont-ils jamais cherché à toucher l'autre, dans des gestes presque intimes, destinés à faire du mal à l'autre ? N'ont-ils pas fait comme si l'autre pouvait tomber amoureux de l'un ? Jamais Jeremiah n'aurait été aussi loin s'il n'y avait pas eu un quelconque fondement dans son cœur. Est-ce pour autant suffisant pour laisser tomber toute résistance et rendre les armes ? La vérité, c'est que Marlowe a peur. Peur de ne jamais pouvoir dire à Jeremiah tout ce qu'il ressent pour lui, d'être toujours coincé par la famille - oui, les Weighell vont l'emporter, et ils y gagneront l'âme de Marlowe. Il traitait Jeremiah de lâche, mais c'est lui le lâche. Il ne devrait pas avoir honte de ce qu'il ressent pour lui, au contraire, il devrait le clamer haut et fort, et en faire un atout. Il devrait lui montrer que l'aimer ne l'empêchera jamais d'avoir les idées claires et de réussir sa vie.

Jeremiah ne pourra jamais rien lui prouver. Marlowe l'observe attentivement, le dévisageant avec crainte. Après tout ce qu'il lui a dit, après toute son envie de s'ouvrir à lui, il ne va pas quand même pas le planter là ? Marlowe ne le suppliera pas... mais presque, tout de même. Non, ne me lâche surtout pas. Je me fiche de savoir si tu me mens ou pas. J'en ai rien à faire que ce soit toi qui ait l'initiative et que tu m'empêches de t'échapper. Je ne veux pas t'échapper. Tu as commencé, alors termine. Un instant de flottement, avant que la main de Jeremiah ne se lève, que ses doigts n'entrent en contact avec la peau de Marlowe. Celui-ci, hypnotisé, frissonne. Il n'a toujours pas ouvert la bouche, il est incapable de réfléchir. Complètement affolé. Que va-t-il faire ? Jeremiah... fait exactement ce qu'il voudrait qu'il fasse. Le toucher si doucement. Jeremiah a souvent fait irruption dans son intimité de façon violente, tout comme lui l'a fait, juste dans le but d'humilier l'autre. Mais Marlowe ne s'y trompe pas, cette fois, ça n'a rien à voir. Cette fois, Jeremiah a la clé. Peut-être qu'il l'a trouvée, ou peut-être que Marlowe l'a donnée. Peu importe. Il a la clé, et son geste le rend fou. Il lit la peur dans le regard bleu de son amour - car il l'aime, comment en douter à présent ? - et n'a rien d'autre à lui répondre que ses propres inquiétudes. Il ne peut pas dire de quoi sera fait l'avenir, car tous deux, ça ne marchera jamais. C'est impossible de s'aimer quand on est un Weighell et un Montgomery. Pour l'instant, cela ne compte pas ; seul compte l'instant présent, celui où les lèvres de Jeremiah se rapprochent dangereusement des siennes.
« Embrasse-moi. » : murmure Marlowe.
C'est presque minable comme réponse, après la grande déclaration de Jeremiah. Son aimé lui sort un discours magistral, et lui n'a que deux petits mots à lui dire. Mais deux mots qui en disent long sur ce qu'il pense vraiment. Pas besoin de lui dire je t'aime. Jeremiah peut bien le voir dans les yeux, tout comme Marlowe arrive à lire dans le cœur du Montgomery. Tu n'as jamais été heureux. Mais je sais que tu l'es, là, maintenant. Parce que je suis à toi. Marlowe est en plein rêve. C'est alors que...

« Rain ! » Les personnes qui l'appellent par son véritable prénom sont rares. Elles se comptent sur les doigts d'une main : ses parents, et peut-être deux ou trois autres qui le connaissent en tant que Weighell. Seule une personne d'entre elle peut être là, la personne qui devait venir le chercher. Et de toute façon, cette voix lui est familière. Et il ne peut pas reculer, même s'il a un mouvement en arrière assez significatif. Que va penser Jeremiah ? Va-t-il interpréter cela comme un rejet ? Mais, il ne peut pas l'embrasser, pas devant son père. Son père ne sait même pas qu'il est gay ! Il ne l'acceptera jamais, il le lui a fait clairement comprendre à grand renforts d'allusions et d'anecdotes. Des gens tout à fait respectables, tu sais Rain, mais on ne peut pas se permettre d'en avoir dans la famille. Le regard amoureux de Marlowe laisse place à celui, désespéré, qui supplie Jeremiah de l'aider, de faire n'importe quoi, tout ce qu'il veut, mais surtout pas montrer qu'il l'aime devant son père. Ce n'est même pas une exigence égoïste : jamais un Weighell ne laisserait un Montgomery embrasser son fils, et cela retomberait nécessairement sur Jeremiah...
« Rain, je peux savoir ce que tu fais ?! Ne me dis pas que c'est ce que je crois... »
Le regard du père de Marlowe, par dessus l'épaule de Jeremiah, glace le fils. Il n'a pas la force d'assumer son amour devant l'homme qui l'a mis au monde, qui l'a formé, qui a placé tous ses espoirs en lui. Mais il aime Jeremiah. Que faire ? Briser son avenir et la confiance de son père, ou perdre à tout jamais Jeremiah, le blesser ? Commettre l'irréparable ? Les yeux de Marlowe se brouillent. Voilà déjà la deuxième fois qu'il a envie de pleurer à cause de Jeremiah, mais cette fois, parce que c'est lui le problème. C'est lui qui n'est pas capable d'être la hauteur de son amour. Il n'osera jamais assumer.
« Je... papa, en fait... »
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Screwdriver
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MessageSujet: Re: Et demain ? [R&J]   Jeu 23 Jan - 0:08

Oh, tant d'espoirs ! Tant de rêves ! Tant d'envie, aussi ! Rien ne semble pouvoir l'arrêter, rien. Il est sur un petit nuage. Non, mieux, il est ce petit nuage si doux, si léger, qui plane au dessus de la scène. Jusqu'à ce que cette voix s'élève, le faisant sursauter. Il se fige d'ailleurs et relève le regard pour fixer un point au dessus du visage de son rival. Quand tout vole en éclats, oui, Jeremiah a envie de hurler.

Il laisse son bras retomber, tandis que son amant – autant aller droit au cœur des mots – recule, semble le fuir comme la peste. Mais il sait qu'il n'y est pour rien et, même si ce geste le blesse profondément et que cela se lit nettement sur son visage, à la manière adorable qu'il a de froncer les sourcils, il ne peut en vouloir qu'à une seule et unique personne. Qu'importe ce nouveau venu, qu'importe cette voix. Le temps semble une nouvelle fois s'arrêter, alors qu'il le regarde comme s'il le découvrait pour la toute première fois. Rain. Merveilleux, si beau et si triste à la fois. En cet instant, en ce terrible instant, son prénom, son véritable prénom, apparaît comme une évidence, comme une révélation, comme si tout était écrit. Puisqu'il s'agit bien de son prénom, n'est-ce pas ? Pourquoi cette voix, qu'il devine être celle du paternel Weighell ne serait-ce qu'à la terreur qu'il lit dans son regard, l'aurait-elle appelé ainsi, s'il en avait été autrement ? Alors oui, Jeremiah le dévisage, comme on observe un train quitter une gare, emportant avec lui tous ses rêves, ses espoirs, son cœur aussi, meurtri. Il a l'impression d'avoir été trompé à son tour, il a l'impression de ne jamais avoir réellement compté, il a l'impression d'être rejeté, il a toutes les impressions du monde en vérité et malgré ça, une ombre, un semblant, un rien de sourire vient se figer sur ses lèvres, donnant à son visage une certaine vie, mélange amer de frustration, de tristesse et de colère. Ironie du sort. Saloperie de vie. Oh, mais comment t'en vouloir, Marlowe ? Tu fais exactement ce qu'il aurait fait à ta place, peut-être même aurait-il fait pire, maladroit comme il est. Alors, dis-moi, comment t'en vouloir ? Comment réussir à te haïr une nouvelle fois ? Comment faire comme si tout ça n'existait pas, maintenant qu'il le faut, maintenant qu'il est trop tard pour s'abandonner ? Jeremiah aurait pu nier en bloc ce qu'il venait de se passer, ou du moins, ce qui avait failli se passer. Il aurait dû d'ailleurs, après tout, cela n'avait jamais réellement existé. Pas de baiser, pas de goût sucré sur ses lèvres, rien qu'un tremblement imperceptible de ses doigts et cette impression de caresser encore une peau aussi douce que celle de son rival. Rien de bien concret donc. Pourtant, le regard que lui jette Rain – ou Marlowe ? Qui était-il au final ? –, si désespéré, suppliant, adoucit immédiatement ses traits. Bien sûr qu'il va l'aider est sa seule pensée, tandis que dans son dos, s'élève une nouvelle fois la voix du briseur de rêve. Oui, que c'est ce que tu crois, idiot, aurait envie de dire Jeremiah, sans pourtant que ses paroles ne franchissent la barrière de ses lèvres. Au grand jamais il n'oserait. Il est un Montgomery, il se doit de faire preuve de respect envers cet homme méprisable. Car quoi – ou plutôt qui – de plus méprisable que leur deux familles respectives ? Sentant peser dans son dos le regard assassin de cet homme, il essaie en vain de capter celui de l'héritier. Et quand il parvient enfin à ne serait-ce que croiser une fraction de seconde son regard, il se veut être le plus rassurant possible. D'ailleurs, ses paroles ne sont qu'un murmure couvert par la musique et les cris de joie, si peu audibles qu'il faut presque lire sur ses lèvres pour comprendre ce qu'il a à dire. ❝ Rain. ❞ Voilà, il veut capter son intention et il sait qu'ainsi, il l'aura en partie. Du moins, il l'espère de tout cœur, tandis qu'il esquisse un sourire qui, de dos, ne se devine évidemment pas. ❝ Ça va. ❞ Il a envie de pleurer, de vomir, le cœur au bord des lèvres et le moral dans les chaussettes. Foutu ascenseur émotionnel. Non, rien ne va et rien n'ira jamais. C'est certain. ❝ Ça va... ❞ Après ce qu'il s'apprête à faire, comment pourra-t-il à nouveau le regarder en face ?

Prenant une profonde inspiration, Jeremiah soupire bruyamment, comme s'il était excédé par la situation. Il n'est pas confiant en ce qui concerne ce qu'il s'apprête à faire, néanmoins, il sait que ses paroles prendront du poids au fur et à mesure. J'ai peur, Marlowe semblent dire ses yeux, juste avant qu'il ne les plisse, effaçant toute trace d'émotion, arborant ce regard glacial qui lui sied si bien. A ce moment, l'alcool est une bénédiction, car il sait que malgré l'infime quantité qui coule dans ses veines, il empeste suffisamment pour faire croire n'importe quoi. Ses talents d'acteur faisant le reste, Jeremiah fait brutalement volte-face et un sourire moqueur étire ses lèvres tandis qu'il s'exclame, d'une voix trop artificielle pour être sincère, autrement dit, parfaitement moqueuse et donc, typique d'un jeune homme qui ne serait plus en pleine possession de ses moyens. ❝ Monsieur Weighell ! Quelle surprise de voir voir ici ! ❞ Levant les yeux au ciel il tente de faire un pas en avant, mais chancelle et se laisse légèrement tomber sur le côté, appuyant son épaule contre le mur, comme s'il cherchait à se maintenir debout. Magnifique prestation et belle perte d'équilibre : qu'il est aisé d'entrer dans la peau d'un poivrot, mais qu'il est dur d'incarner son propre personnage. ❝ Vous tombez plutôt mal à vrai dire... Pardonnez ma franchise, mais vous, les Weihgell, tombez souvent au mauvais moment. ❞ Il jette un regard noir à Marlowe, assassin même. N'importe qui aurait pu, en l'observant à ce moment-là, penser qu'il avait véritablement une dent contre le pauvre héritier. ❝ Votre fils me met dans l'embarras vous savez. Mais je suis fautif, je le reconnais, je ne voulais pas le menacer de la sorte, c'est indigne de mon nom de famille. ❞ Il ricane, comme si ce dernier lui importait peu. Il semble d'ailleurs parfaitement détendu, son visage pâle est expressif, ses yeux brillants, sa voix assurée et vive. Non, vraiment, rien ne trahit la peur qui le paralyse. Rien, si ce n'est une main qu'il garde soigneusement planquée dans son dos, le poing si serré que ses jointures ont depuis longtemps viré au blanc et que ses ongles s'enfoncent dans sa chair avec une violence qu'il ne se connaît pas (encore). Jeremiah est mort de trouille et pourtant, il agit en super-héros, en justicier, en protecteur. Non, en fait, il agit sincèrement, par amour, préférant assumer la totalité de leur pseudo-bêtise. En fait, Jeremiah agit tout simplement comme un idiot. ❝ Vous comprenez ma gène, n'est-ce pas ? Oh, attendez, je suis confus, laissez moi reprendre du début. Votre imbécile de fils ne connaît pas le sens du mot intimité me semble-t-il. Lacune dans son éducation j'imagine ? Quoiqu'il en soit, il serait bon de lui apprendre à ne plus se mêler de ce qui ne le regarde pas. Comme par exemple, de l'orientation sexuelle de son rival et de ses choix de partenaire, comme le beau blondinet qui doit sûrement s'impatienter à force de m'attendre. Vous comprenez, hein monsieur Weighell, je tolère qu'il vienne essayer – je dis bien essayer – de me doubler en ce qui concerne nos études communes, mais je n'accepte pas qu'il me surprenne comme il l'a fait, en plein ébat. Suis-je assez clair ? ❞ L'acidité de ses paroles, la violence de ses propos et l'irrespect dont il faisait preuve le surprennent lui-même. Il a envie de fuir, de fermer les yeux, de se convaincre qu'il a rien dit, que ce n'est que son imagination. Pourtant, il affronte le regard du richissime paternel sans faillir, sans crainte, comme il l'aurait fait s'il avait réellement été dans cet état peut-être proche du déchirement le plus total. À quels risques s'expose-il ? Il aura tout le temps d'y penser quand il se retrouvera seul, définitivement seul. ❝ La prochaine fois que je le vois traîner dans mes pattes, je cognerai, bourré ou non d'ailleurs ! ❞ Il éclate d'un rire gras, sa voix se fait plus traînante, plus pâteuse. Il croise les bras sur son torse et hausse un sourcil, se faisant toujours plus arrogant, voire méprisant, tout en gardant une certaine noblesse dans la tournure de ses phrases. Après tout, n'est-il pas un Montgomery ? Sans doute plus pour très longtemps ! ❝ Alors, je ne sais pas moi, par exemple, récupérez votre petit hétéro coincé du cul et retournez dans votre palais doré. Oh et... ❞ Il se redresse et se rapproche du père de Marlowe, tout en jetant un vague regard à Marlowe lui-même. Il le voit sans le regarder. Comment pourrait-il le regarder, le dévorer des yeux comme il voudrait tant le faire, dans une situation pareille. ❝ Foutez-moi la paix. ❞ Tranchante, sa voix cesse de s'élever, marquant la fin d'un monologue qui n'aurait jamais dû être prononcé. Regrette-t-il ? Pas le moins du monde. Mais s'il pouvait se pendre, là, tout de suite, il le ferait sans hésiter. Car comment pourra-t-il affronter son père, si ce dernier apprend pour cet énorme écart de conduite visant à protéger le secret de l'homme qu'il aime et ce dernier, par la même occasion ? Il préfère ne pas y penser. Il jette donc un regard froid aux deux protagonistes et reprend, se redressant finalement, comme s'il s'apprêtait à partir. ❝ Sur ce, je vous souhaite une bonne soirée. ❞

En quelques secondes, avec toute la volonté et le meilleur aplomb du monde, il vient de se ridiculiser, de se déshonorer ou, du moins, de se montrer parfaitement indigne du nom qu'il porte, et, pire que ça, d'avouer qu'il est gay. Lui et personne d'autre. Ou plutôt, de faire semblant d'être gay, alors qu'il fait mine d'être hétéro pour dissimuler sa bisexualité. Les choses pourraient-elles être plus compliquées ? Elles le seront bien assez tôt.

hj:
 
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Screwdriver
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Screwdriver
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MessageSujet: Re: Et demain ? [R&J]   Mar 28 Jan - 19:30

La situation semble désespérée à Marlowe. Il a beau espéré que les choses vont s'arranger, il sait que c'est faux. Il est juste lâche, indigne de trouver une solution qui pourrait réconcilier son père et l'homme de sa vie. Être à ce point ridicule, comme si l'existence lui enjoignait de se révéler à ce moment précis, sous peine de ne plus jamais pouvoir le faire, sauf qu'il n'arrive pas à prendre la perche qu'on lui tend. Quelle souffrance. Le regard de Jeremiah lui même lui fait mal. Il sait très bien que le jeune homme a pu se sentir blessé par sa réaction immédiate de recul, comme si le fait d'être surpris avec lui était quelque chose d'absolument horrible. Non, cela ne l'est pas. C'est au contraire ce qu'il a voulu, du plus profond de son cœur, sans jamais vraiment oser le demander. Et alors même qu'il a fait un pas, qu'il a accepté de laisser sa méfiance de côté, alors même qu'il a enfin fait un choix, celui de faire confiance à Jeremiah, voilà que la réalité lui revient en pleine figure, de façon assez violente. Non, il ne peut pas lui faire confiance, il n'en a tout simplement pas le droit. Papa Weighell est là pour veiller sur son crétin de fils, et bien sûr, comme c'est un homme intelligent, il a parfaitement compris ce qui se passe. Marlowe ne peut pas nier. C'est peut-être le moment de dire la vérité, de se résigner à n'être plus rien aux yeux de l'homme qui l'a mis au monde.

Pourtant, cette douleur, Jeremiah ne veut pas qu'il l'éprouve. Cette façon qu'il a de changer de regard aussi rapidement glace d'effroi Marlowe, qui se demande l'espace d'un instant s'il n'est pas tombé dans le panneau. Et si Jeremiah n'était en fait qu'un manipulateur qui cherchait juste à lui faire du mal, comme il le craignait ? Non, il doit se tromper. De toute façon, il mériterait un regard froid de sa part, parce qu'il est si lâche, si inutile. Il lui donne tellement envie de l'embrasser. Marlowe regrette que son père soit venu aussi tôt. Si seulement il avait pu attendre une minute ! Il aurait eu le droit de goûter aux lèvres du plus bel étudiant du campus. Qu'importe. A présent, c'est trop tard pour le baiser, mais Jeremiah va le sauver. Il suffit de voir comme il se fond tout à coup dans la peau d'une personne saoule, avec une telle aisance que Marlowe se demande affectueusement si cela ne viendrait pas d'une expérience que celui-ci aurait. Et quel discours ! Marlowe se retient d'ouvrir la bouche, tant il est bluffé par l'inventivité de Jeremiah. Si intelligent, si vif d'esprit... le cœur du jeune homme s'emballe rien qu'en écoutant ces paroles destinées à le sauver, lui, du méchant sorcier qui voudrait lui faire du mal. Alors c'est pour cela qu'il l'aime. Parce qu'il est subjugué par son charme et son esprit. Il a l'impression d'être si faible, en comparaison, pourquoi lui n'arrive à rien de tel ? Et comment Jeremiah peut-il s'intéresser à quelqu'un qui, dans le fond, lui infiniment inférieur ? Son envie de l'embrasser, d'embrasser ces lèvres qui le sauvent, se fait de plus en plus pressante. Les mots ont beau être durs à son égard, il sait lire entre les lignes. Il a l'impression que, pour la première fois, ils sont véritablement complices. Il ne s'agit pas juste de partager un profond sentiment d'attirance et de rivalité, cette fois, il s'agit de se liguer ensemble contre son père. Marlowe n'a pas envie de soutenir de tels propos, mais ils sont l'œuvre de Jeremiah, c'est lui qui les a voulus ; par conséquent, il ne peut que dire qu'il ne ment pas, même si cela lui brise le cœur. Jeremiah a tellement de cran. Insinuer avec tant de brio qu'il est bisexuel - ou peut-être homosexuel, le père de Marlowe ne pourra pas faire la distinction - entraîne une telle admiration de Marlowe qu'il ne réagit même pas quand il le traite d'hétérosexuel. Jeremiah est parfait, tout simplement.

Évidemment, ce n'est pas l'avis du père Weighell. Celui-ci l'écoute sans broncher, avec un air presque méprisant sur le visage en songeant que ce type qui ose menacer son fils est un Montgomery. Mais évidemment, il ne va pas se contenter d'une simple réaction de haine. Non, monsieur Weighell est un homme distingué, qui a appris à se débarrasser de ses ennemis en finesse. Il se contente d'écouter sagement la tirade cinglante de Jeremiah avant d'enchaîner sur un « tu as fini ? », prononcé d'un ton ennuyé, qui blesse curieusement Marlowe, alors que son père s'apprête certainement à le défendre. Le défendre, oui, mais il ne veut pas qu'il dise du mal de Jeremiah ! Malheureusement, la machine est lancée. Jeremiah s'en est pris à Weighell père, or celui-ci n'est pas Marlowe. Il est beaucoup plus fort que son lâche de fils. Il s'approche de Jeremiah, et lui lance un regard infiniment plus menaçant que celui que Marlowe pourrait lui lancer au sommet de sa haine. Ce regard noir figerait même le plus hardi de ses concurrents - à part, bien sur, le père Montgomery.
« Ne me parle plus jamais sur ce ton. Si jamais tu as quelque chose à reprocher à mon fils, cela ne t'interdit pas de te monter poli. Tu devras m'en répondre autrement. Me suis-je bien fait comprendre ? »
Marlowe retient son souffle. Il déteste voir son père comme cela. Weighell père n'a pas besoin de hurler ou de proférer des menaces pour faire peur aux autres, son fils compris. Il lui suffit d’arborer ce regard glacial et de s'exprimer du même ton lent et froid, en appuyant sur chaque syllabe, pour faire peur à n'importe quel auditeur qui n'est pas son rival. Son fils lui-même essaie de se faire tout petit, et se demande comment Jeremiah fait pour rester debout face à une telle colère. Il est tellement plus courageux que lui-même...
« Si mon fils t'a effectivement menacé, il te présentera des excuses. » Phrase que Marlowe interprète comme un ordre auquel il ne peut pas se soustraire. « Je n'admettrai pas un comportement aussi stupide de la part d'un Weighell. Cependant, ne va pas croire que cela te délie de toute responsabilité, fils Montgomery. Visiblement, ton éducation laisse grandement à désirer elle aussi, si tu te permets de me parler ainsi. J'en toucherai un mot à ton père. »
Marlowe se demande comment une telle entrevue se déroulerait. La rivalité qui existe entre les deux pères est très certainement plus forte que celle qui lie les deux fils - et elle doit bien valoir la passion dévorante qui habite Marlowe lorsqu'il pense à son adorable ennemi. Si les deux devaient discuter de l'éducation de leurs fils respectifs, ce serait sans doute fait avec beaucoup de classe, mais aussi avec énormément d'insultes voilées sous couvert de formules respectueuses. Un véritable chef d'œuvre, au fond. Mais nécessairement, cela retomberait sur Jeremiah. Car, si le père de Marlowe n'a pas la moindre envie de se remettre en question en public, en privé, il n'hésitera pas à gratifier son fils de la pire remontrance qui a pu se faire depuis la nuit des temps. Et c'est sans doute pareil pour Jeremiah et son père. Sauf que dans son cas, cela risque de se finir par une violence physique, insupportable pour Marlowe. C'est pourquoi son instinct protecteur se réveille dans un moment aussi incongru et qu'il intervient dans cette conversation à laquelle pourtant il n'est pas censé participer.
« Non, papa, ne lui en veux pas, je l'ai vraiment cherché. Je t'ai fait honte et je me suis comporté comme un imbécile, il a le droit d'être en colère. » Les mots semblent difficiles à prononcer, ce que le père interprétera comme la difficulté pour son fils à reconnaître son tort devant un Montgomery - et que Jeremiah a intérêt à interpréter comme la difficulté à mentir à son propre père, mais bien nécessaire cependant. Le jeune homme inspire avant de regarder Jeremiah droit dans les yeux, et d'ajouter d'un ton impersonnel : « Je te présente mes excuses, Jeremiah Montgomery. Tu es effectivement libre de ton orientation sexuelle et de ton choix de partenaire. Transmets mes excuses à l'autre jeune homme, s'il te plaît. »

Silence. Le père Weighell observe attentivement les deux jeunes gens, pour voir comment Jeremiah va réagir aux excuses de Marlowe.

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Screwdriver
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MessageSujet: Re: Et demain ? [R&J]   Ven 24 Juil - 21:18

Tu as fini ? Non. Non, mille fois non. Non, il n'en finira jamais, sauf le jour où une balle viendra percer son tympan. Un trou rond et noir, délicieusement noir. Le jour où son sang perlera sur le sol, rappelant tristement les larmes qui ruisselaient avec candeur sur son visage d'enfant. Où ce flot étrange d'amertume viendra inonder sa chambre et baigner les murs de cette dernière d'une couleur trop longtemps mise à l'écart de sa vie bleue ; sa vie de glace ; sa vie vide de sentiments, fade et sans intérêt. Bien sûr que non, il n'a pas fini, il ne finira jamais. Des années durant, il continuera à se mentir et à mentir aux autres. Curieux manège de manipulation, de faux-semblant et de douleur. Il n'en finira pas d'arborer ce regard merveilleusement triste et ce sourire diablement cynique. Il ne finira jamais, parce qu'il en est tout bonnement incapable. Jeremiah est un Montgomery. Et un Montgomery qui semble, en cet instant plus que tout autre, éternel.

Weighell père s'approche, Jeremiah esquisse un mouvement de recul, sans pour autant aller au bout. Le voilà devenu funambule, pris au piège entre le père et le fils. Voilà son petit cœur réduit en cendre. Sa cage thoracique tranchée, son dos poignardé. Il ne peut pas fuir. Il n'a jamais pu fuir. Il est ce petit animal figé, prisonnier des phares d'une voiture roulant trop vite sur une autoroute sans fin. Il est le poisson dans la gueule du grand requin, le petit oiseau à qui on a coupé les ailes. Où se trouve donc l'homme qui assumait ses actes et leurs conséquences, quelques minutes auparavant ? Le voilà disparu. Et l'enfant, le gamin qui a pris sa place n'a effectivement plus rien de menaçant. Il se contente de fixer son bourreau, le regard froid, mais terriblement apeuré. Une glaciale terreur en somme. Et lorsque que l'homme, cet homme si important, reprend parole, le visage du hardi petit Montgomery commence doucement à pâlir, à se décomposer. Ses jambes se changent en coton et s'il semble encore sûr de lui, il sait pertinemment qu'à l'intérieur de sa carapace, il est mort. Que s'il tombe, maintenant, il ne se relèvera pas. Mais il sait aussi que le coup fatal lui sera bientôt porté.

« Oui, monsieur. » articule-t-il d'une voix blanche. Un étranger à la scène mettrait cela sur le compte de l'alcool. Cet alcool ô combien délicieusement désinhibant. Mais en cet instant, effectivement, la voix du garçon n'est plus qu'un souffle brisé, à la fois intimidé et réellement détruit. Cette figure d'autorité paternelle n'est pas sans lui rappeler celle, si intimidante, de son propre père. Cet homme répugnant. Ce monstre de qui il a hérité le sang qui circule faiblement dans ses veines.  Mais Jeremiah tient bon. Son supplice sera bientôt terminé. Il en aura bientôt fini. Ce soir il rentrera chez lui et il mettra fin à son calvaire, même s'il ne sait pas exactement comment. Peut-être mettra-t-il fin à ses jours, peut-être mettra-t-il fin à ceux de son père ; peut-être prendra-t-il ses affaires et quittera-t-il la ville ; et peut-être encore ira-t-il tout bêtement se coucher en essayant d'oublier toute cette histoire. Mais comment, comment oublier Marlowe. Rain. Quel que soit son prénom. Qui qu'il soit. Weighell ou simple être humain. Fruit défendu, chimère ou rêve inaccessible et pourtant à portée de doigts. Il meurt d'envie de se tourner vers lui. Il donnerait n'importe quoi pour puiser son courage, sa force, dans son regard foncé. Mais il ne le peut pas. Il ne le peut pas et ses batteries sont à plat. Et quand le grand patron lui assène le coup fatal, il plie l'échine, baisse le visage vers le sol et ferme les yeux, honteux. Honteux et terrifié.

Oui, son éducation est un désastre. Parce qu'on ne lui a jamais appris à aimer. Et qu'un être humain, un simple homme, ne peut grandir, s'épanouir, être heureux et vivre sans amour. Une chose qui lui faisait cruellement défaut jusqu'à ce qu'il effleure la peau de l'héritier de cette famille rivale. Et lorsque le père Weighell évoque le père Montgomery, alors, Jeremiah se mord la langue jusqu'au sang pour ne pas craquer. Il est évident que cette menace l'atteint droit au cœur. Il ferme les yeux plus fort encore. Il ferme son esprit, il cadenasse son cœur. Il s'empêche de penser de réfléchir. Il ne se résout pas à imaginer cette confrontation. Il ne se voit pas face à cet homme, tandis qu'il apprend que la pupille de son entreprise est homosexuel ou du moins, est un être qui s'en rapproche. Les phrases s'enchaînent, les pensées s'entrechoquent, chaotiques. Les situations désastreuses se succèdent, plus violentes les unes que les autres. Car aux mots, blessants et destructeurs, succéderont les coups, plus violents que jamais. Peut-être que ce sera à son tour, d'être le chaton enfermé dans un sac et plongé dans l'eau bouillante d'une baignoire.

Alors, une voix s'élève. Sauveuse. Protectrice. Elle le tire de son cauchemar. Il rouvre les yeux et relève le visage, cherchant du regard la source de ces paroles. Il lui suffit de croiser le regard du fils pour trouver une nouvelle fois le courage d'affronter le père. Il ferme son visage, il glace son regard. Il affronte la réalité avec violence ; il se fait violence également, mais tout son être dégage alors une force dont il ne se pensait pas doté. Il soutient le regard du fils et a même le cran, la force, de passer à celui du père. « J'accepte tes excuses, Marlowe. » Il se dégoûte. Il ne supporte pas cette situation. Mais le dégoût qu'il éprouve, il le redirige contre le fils. Contre le père. Contre le monde entier. « Et je ne manquerai pas de les transmettre à Gabriel. » Il invente un prénom, le premier qui lui traverse l'esprit. Le blond avait l'air d'un ange. Alors, il compose avec ce qu'il a de souvenirs de lui. Mais plus rien en cet instant n'importe plus que les Weighell. Il reporte son attention sur Marlowe et finit par articuler froidement. « Mais ne t'avise pas de recommencer. Ton père, ne sera pas toujours là pour te protéger. » Il tourne le regard vers ce dernier, lui adressant un signe de tête entendu.

Bon sang, que c'est douloureux d'agir ainsi. Que c'est douloureux d'avancer des propos si faux, si incohérents. Il fait un pas, puis deux en arrière et sourit. Celui qui ne connaît pas le sourire de Jeremiah se contenterait de penser qu'il sourit froidement, mais en vérité, c'est un rictus de fierté blessée, de larmes qui refusent de couler. C'est une grimace douloureuse qui exprime toute la rage et la colère, toute la déception qui habite son être. « Excusez-moi, je n'avais pas l'intention de vous retenir plus longtemps. » Il accuse un nouveau regard plein de haine de la part du père, avant que celui-ci n'ordonne à son fils de venir et tourne le dos aux deux jeunes gens, sachant pertinemment que son enfant lui emboîtera le pas. Car ils sont ainsi les deux héritiers, à la fois bien dressés et prisonniers de leurs familles respectives. Pourtant, dès que le père Weighell a le dos tourné, le regard de Jeremiah change du tout au tout. Ses yeux bleus se déchirent et se remplissent de larmes. L'une d'elle a même le culot de franchir la barrière de ses cils pour glisser discrètement le long de sa joue pâle. Il ne se rend même pas compte qu'il est en train de craquer. Il a chaud et froid à la fois. Son regard se fait implorant, désespéré. Il fixe Marlowe, le suppliant de rester à ses côtés. Mais le fils se doit de suivre le père. Ses épaules se soulèvent avec une extrême lenteur tant les sanglots qui percent son âme sont silencieux. Il inspire profondément, lui adresse un bref signe de tête et le regarde s'éloigner. Et le père Weighell tourne au coin de la rue. Il disparaît. Témoin nocif et acerbe d'une situation poignante. Alors, Jeremiah essuie rageusement ses larmes quasi inexistantes du dos de la main. Et il se met à courir. Il rattrape en quelques enjambées son rival de toujours, lui attrape le poignet pour le retenir et, avant que celui-ci ne disparaisse à son tour, loin de cette ruelle, loin de lui, loin de son malheur, il l'attire à lui.

Le corps de Marlowe rencontre le sien, bouillant. Et les lèvres de Jeremiah viennent s'écraser avec une douceur infinie sur celles du jeune homme. Son cœur s'emballe, sa respiration s'arrête. Il ferme les yeux. Entrouvre les lèvres, mais déjà met fin au baiser en se reculant. Il s'arrache à cette chaleur réconfortante, à cet amour naissant. Il s'arrache à cette sécurité protectrice et à cette passion qui le hante et le brûle. Il effleure les lèvres de Weighell du bout des doigts et soutient son regard. Il laisse ses doigts glisser le long de sa joue, puis dans son cou pour finalement s'arrêter sur son cœur. Il se tait mais ses yeux parlent pour lui. Je t'aime, tu ne vois pas comme je t'aime ? Puis, il recule d'un pas et lui fait signe d'un mouvement de tête de filer, vite, avant que le père de son cher et tendre ennemi ne revienne sur ses pas. Cela serait tellement plus simple si Jeremiah disparaissait. Tout serait tellement plus simple. Il recule encore et dès que Marlowe se trouve hors de vue, le dos de Jeremiah rencontre un mur contre lequel il se laisse glisser. Jusqu'à se retrouver à terre, la tête entre les mains, le cœur au bord des lèvres. Victoire par K.O. Félicitations, familles de Palms Spring, vous venez de détruire un, si ce n'est deux adolescents. Il reste immobile jusqu'à ce que le soleil se lève, incapable de parler ou de se relever. Il souhaiterait rester ici à tout jamais.
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MessageSujet: Re: Et demain ? [R&J]   Sam 25 Juil - 13:41

Le rêve vire au cauchemar. L'espoir se meurt peu à peu, mis à mal par le regard acéré du père de Marlowe, qui n'est d'ailleurs peut-être pas totalement dupe. Comment savoir ? Il lui en a caché, des choses, mais rien qui ne soit juste sous son nez. Il est aisé de faire semblant d'être « normal » quand on n'est soumis à aucune tentation. Ce qui n'est pas son cas. Le souvenir de ces lèvres manquées, l'admiration qu'il éprouve pour ce jeune homme capable de détruire sa réputation pour le sauver, lui, tout cela l'emplit d'amour. Oui, c'est de l'amour à ce stade-là, inutile de le cacher. Amoureux de ce beau Montgomery qui lui en a fait voir de toutes les couleurs, qu'il a tout fait pour abattre, en vain, Marlowe sait que, quand bien même ses sentiments ne seraient pas réciproques, à ce stade, il rendrait les armes. Cela lui paraîtrait mesquin, de se battre contre Jeremiah alors qu'il n'en a pas envie. Encore moins à présent qu'il a une dette envers lui, une dette dont il n'a pas la moindre idée de la façon dont il pourra la réparer. Est-ce que lui-même aurait été capable d'en faire de même face au père de Jeremiah ? Il n'en est pas sûr. Marlowe se sent trop lâche pour avoir l'impression d'être capable d'un tel courage, surtout en cet instant où il n'a pas eu la force de s'opposer à son père. Il aurait dû embrasser Jeremiah sous son nez, sans se soucier des conséquences, car c'était la seule chose qu'il désirait. A présent, Marlowe se sent amer. Indigne de Jeremiah, surtout. Se pourrait-il que l'élu de son cœur ait réfléchi à ce que Marlowe ressentirait en se faisant sauver de la sorte ? Non, sans doute pas : le jeune Weighell sait désormais que ses intentions sont pures. Mais, s'il y avait réfléchi, le mouvement aurait été magnifique. Il semblerait que notre lutte a enfin désigné un gagnant, et ce n'est pas moi. S'il pouvait sourire en cet instant, il le ferait. Comme si cela avait de l'importance, désormais.

Jeremiah a du mérite. Marlowe, qui le connaît si bien, qui l'a dévoré des yeux tant de fois - ouvertement avec un regard haineux, d'autres fois, plus secrètement, et plus amoureusement -, devine à quel point il doit avoir peur. Lui-même a peur de son propre père, et pourtant, Weighell senior ne lui fera jamais de mal. Si jamais il devait le faire souffrir, ce serait pour son propre bien. Jeremiah ne dispose pas de cette protection. Et, même si, si l'on en croit leur version, il est totalement innocent, c'est comme si le père sentait que ce n'est pas exactement le cas. Qu'il partage la responsabilité avec Marlowe. C'est vrai, c'est leur faute à tous les deux, de désirer l'interdit, la seule chose qu'ils n'avaient pas le droit d'obtenir. Il ne devrait pas en endosser la responsabilité seul. Voilà sans doute pourquoi Marlowe n'a pas pu s'empêcher d'essayer de le sauver aussi. C'est si peu, beaucoup moins que ce qu'il voudrait lui donner, mais il n'a pas le choix. Ils sont les mêmes tous deux : craintifs face à leur parent. S'ils avaient encore la force de se rebeller, de se désintéresser de l'argent, de la gloire et de leur confort, ils pourraient s'en sortir. Mais visiblement, ce soir-là en tout cas, aucun des deux n'a le cran de vivre selon ses propres règles. Cela ne peut que les amener à leur propre malheur.

« Incident clos, alors. » : annonce le père Weighell d'un ton affreusement satisfait, et le fils se retient de lui dire que non, que ce n'est pas fini, que cette histoire reviendra sur le tapis parce qu'il ne peut plus se passer de Jeremiah.
D'ailleurs, qui est Gabriel ? Le prénom est totalement inconnu à Marlowe. C'est sans doute le premier prénom qui est passé par la tête de Jeremiah en essayant de désigner son blond, mais Marlowe ne peut s'empêcher de ressentir une pointe de jalousie. L'idée qu'un autre - ou une autre, il n'arrive pas à décider ce qui serait pire - puisse s'approcher de Jeremiah, le toucher, le goûter, lui est insupportable. Malheureusement, il faudra bien que Jeremiah se détourne de lui pour hériter de sa fortune familiale. Se trouve une femme. Fonde une famille heureuse, qui s'emploiera à méthodiquement haïr et contrer la sienne. Et lui, est-ce le type d'avenir qu'il souhaite ? Certainement pas. Un jour, Marlowe trouvera le courage de tout laisser tomber, pour chercher une autre forme de bonheur, plus personnelle. Sa façon à lui d'être heureux sera différente de celle des autres Weighell, il se le jure.
Cela lui paraît d'autant plus crucial quand il aperçoit des larmes perler dans les yeux de son bien-aimé. Son cœur se serre, se déchire. Quel idiot ! C'est lui qui a provoqué une telle douleur, lui et personne d'autre. Le père Weighell n'y est pour rien, c'est lui qui a tout fait. Et il s'en veut, Marlowe, il s'en veut tellement qu'il pourrait mourir en cet instant. Il est obligé de le laisser seul, en plus. Au moment où Jeremiah aurait besoin de lui, besoin d'un mot, d'une confirmation, de n'importe quoi à quoi se raccrocher. Alors il suit son père, la mort dans l'âme, les yeux inexpressifs, secs pour la seule raison qu'il sait très bien que, s'il s'effondre en sanglots, il ne se relèvera jamais. Mais sa gorge s'est douloureusement serrée, et ses yeux lui paraissent également plus embués. Il suit son père, se laissant distancer de quelques pas sans pour autant s'éloigner trop de lui. Ses pas lui paraissent curieusement lourds. Je veux rester. La pensée tourne en rond dans son esprit. C'est la seule qu'il s'autorise. S'il va plus loin, il va se rendre compte de tout ce qu'il rate, et il ne saurait supporter cette souffrance.

Mais ce n'est pas fini, et son cœur loupe un battement quand une main attrape son poignet. Quelqu'un le tire vers lui, et Marlowe se laisse faire, aspirant une bouffée de son odeur - il veut connaître son parfum, non pas pour le porter, mais pour pouvoir le respirer quand il est seul -, se nourrissant de cette proximité tant désirée. Son corps réagit avec tant de violence au contact, c'en est presque effrayant ; il ne s'y attendait pas, il pensait que c'était fini, et... Les lèvres tant désirées se posent enfin sur les siennes. Trop court, beaucoup trop court. Et si parfait pourtant. Le cœur de Marlowe essaie de s'échapper de sa poitrine. Il pourrait mourir, une nouvelle fois, mais cette fois de bonheur. C'est fou, quand une chose se refuse à vous, elle devient une obsession, et la tenir dans vos bras, ne serait-ce que l'espace de quelques secondes, vous procure une joie sans pareille. Marlowe est conscient que son désir est attisé par le manque et l'interdit. C'est sans doute pour cela qu'il a autant besoin de Jeremiah. Moins il a d'espoir, et plus il le veut. Il lui sourit, doucement, les yeux dans les yeux, lisant le message avec une facilité déconcertante. Je t'aime aussi, Jeremiah Montgomery, n'en doute jamais. Plus jamais ils ne seront ennemis. Pas alors que Jeremiah est la personne la plus importante dans la vie de Marlowe, qu'il ne pourra plus jamais se passer de lui. Et il est déjà temps de se séparer. Mais Marlowe a le cœur un peu moins lourd qu'avant. Il m'a embrassé. Juste sous le nez de mon père. Son audace plaît au jeune homme. L'idée que son amour est réciproque l'emplit de joie.

Toutefois, il déchante vite quand il rejoint son père et qu'ils entrent ensemble dans la voiture des Weighell. Il y a le chauffeur, ce n'est pas exactement une conversation privée, mais c'est un homme de confiance, sinon il n'aurait pas été chercher le fils un peu rebelle. Et Marlowe sent son euphorie retomber telle un soufflé face au regard dur de son père.
« Rain, je te mets en garde. Je ne suis pas Montgomery, et je n'aurai pas la même tolérance avec toi. Je tiens à ce que tu sois chaste jusqu'à ton mariage, c'est clair ? »
Marlowe ne dit rien, se retenant de lui dire que c'est déjà trop tard de toute façon. Il se tait, car il pressent la suite, qui ne va certainement pas lui plaire.
« Tiens-toi éloigné de ce jeune homme. Il se tenait beaucoup trop proche de toi, je n'aime pas cela. »
Bien sûr, il aurait dû s'en douter. Le père Weighell ne peut s'empêcher de trouver leur proximité un peu suspecte. Au moins est-il encore persuadé, pour le moment, que ce n'est pas réciproque. Marlowe aurait presque envie de lui dire ce qui aurait pu se passer entre eux, s'il n'était pas intervenu. Ils ne se seraient pas arrêtés là. Marlowe ne se serait pas arrêté, en tout cas, sauf si Jeremiah le lui avait demandé... et il n'est pas sûr que Jeremiah l'aurait fait. Mais il n'en fait rien. Il respecte ce sacrifice. Il n'a pas le droit de déballer le pot aux roses, pas après tous les efforts déployés par l'élu de son cœur. C'est tout ce qui peut se faire.
Profitant que son père ne regarde dans sa direction, Marlowe pose discrètement les doigts sur ses lèvres. Et a envie de pleurer. Il prie pour que le goût de Jeremiah, de ses lèvres, de son doigt, ne disparaisse jamais.
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